Témoignage | Chantal Bergeron

photo Chantal Bergeron (crédit Sophie Poifol)

Lettre à Mathilde

Déjà un peu plus de quatre mois que tu es là et que je t’allaite. Un geste TOUT amour entre toi, moi et mes deux seins. Deux ballons témoins de notre activité nourricière, présents dans nos transferts d’affection.

Cette aventure a été apprivoisée difficilement dès la naissance, avec « l’aide » d’une infirmière qui prétendait que je ne pourrais pas t’allaiter parce que j’avais supposément les mamelons trop plats (et pis quoi encore!). Mais bon, ça donnait le ton, j’étais maintenant maman et chacun allait pouvoir me décourager conseiller et me partager son expérience…

Notre première semaine a été sous le signe de l’attente de la première montée de lait. Avec moi qui ne dormais plus, beaucoup trop excitée/anxieuse/déboussolée/bourrée d’hormones. J’étais alors convaincue de manquer de lait. Tu tétais tant et tant et ce lait si convoité qui n’arrivait pas. J’avais si peur, déjà, de créer en toi un manque. Allais-tu mourir de faim par ma faute?

Et le lait est arrivé! Cet or lacté. Mais nous n’étions pas au bout de nos peines. Gerçures sur mes mamelons endoloris, difficultés avec la prise des seins, apprivoisement des différentes positions du kamasoutra de l’allaitement, poussées de croissance multipliées, torticolis incompatibles avec la Madone inversée, saga du tire-lait, camisoles mouillées quand tu te mettais à pleurer et j’en passe. Des hauts et des bas mais une seule certitude, l’allaitement était et est toujours ton ultime réconfort.

Quatre moi plus tard, nous allons beaucoup mieux. Tu connais mes seins par cœur, tu bois, tu ris à l’idée de boire, tu sens le lait. Tu poses ta petite main café au lait sur mon sein tout blanc. Parfois, tu t’impatientes et moi je doute encore. Toujours cette peur de t’affamer, de ne pas être à la hauteur.

Souvent tu t’endors au sein et tu es magnifique. Un sourire aux lèvres. Comme saoulée de mon lait, repus. Je sais, j’aurais pu, pour mille raisons, ne pas t’avoir allaitée et l’attachement entre toi et moi serait le même. Notre lien aurait été tissé à travers ces autres gestes partagés et surtout, le temps passé ensemble, si  intense.

Merci à mes marraines sages-femmes, aux forums de discussions sur Internet et au livre Bien vivre l’allaitement de Madeleine Allard et Annie Desrochers.

Chantal B.

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